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Retour de la fraîcheur (février 2016)

July 7, 2019

Il y a un peu plus de trois ans, j'ai fait un truc.... génial ? gelé? Fou ? Arctique ? froid ? Oui, tout ça à la fois, mais je suis tellement contente de l'avoir fait.

 

Pour situer, voici le contexte. Après un séjour en Norvège en automne, qui m'avait convaincu de la beauté de ce pays et offert le privilège de faire connaissance avec les bœufs musqués, je me suis greffée sur un projet monté par deux complices, Arnaud et Jean-Louis. Retourner aux bœufs musqués pendant l'hiver, avec leurs chiens de traîneaux.

Jean-Louis est monté de France avec un ami, Adrien, ses douze chiens et tout le matériel nécessaire, Arnaud est arrivé de Finlande avec 5 autres chiens, Alex, et le reste du matériel. Car pas question de partir le nez au vent, la logistique est lourde et vitale. Tout compte, les traîneaux, l'antigel (comprendre l'armagnac pour la récompense du soir), les glacières pour que la nourriture ne gèle pas trop vite, la scie pour couper le bois, le briquet pour démarrer le feu, le duvet adéquat pour ne pas passer de trrrrrrrrèèèèèèès mauvaises nuits, la bouilloire,  etc, etc...

J'ai donc écumé le bon coin pour trouver ce qu'il me fallait, et suis partie les rejoindre à Oslo. J'avoue que j'ai traversé des moments de gros doutes sur mes capacités à assumer ce genre de périple, mais bon, une fois partie, ça va mieux !

Arrivée à Oslo, Jean-Louis et Adrien me récupèrent, ainsi que Tom (23 ans, qui traîne deux valises de matériel, drone et go pro en série). Nous sommes au complets.

Première nouveauté, on s'arrête sur une aire de repos pour nourrir les chiens. Douze chiens en pleine forme, qu'on sort un par un pour les attacher à un filin d'acier tendu entre un poteau et la voiture. Je n'en mène pas large, mais participe du mieux que je peux, parfaitement consciente de la puissance des chiens qui pourraient me faire décoller du sol. Ils sont gentils, bruyants et plein d’appétit.

 

 

Ensuite, installation au chalet pour attendre le reste de la troupe et dernière nuit au chaud. On mange de bon cœur les chèvres, le saucisson que j’ai amené. Nuit en chambre de 4. Je dors comme un bébé malgré les ronflements virils et le déménagement en pleine nuit de Tom qui trouve la chambre... bruyante.

Le lendemain, on part... ça se fait en plusieurs étapes; d'abord on charge les deux voitures, avec les traîneaux, les chiens, le matériel, etc, etc... puis on laisse les voitures dans un parking, on décharge et on re-charge tout le matériel dans les traîneaux, tirés par les chiens, (3 traîneaux, 5 passagers et un dernier qui fera le chemin en traînant une pulka). Scène d'anthologie, les chiens sont surexcités par la perspective de courir, le bruit est incroyable, et je pense au livre Le grand blanc de Gary Paulsen qui m'a fait rêver et dont je conseille à tous la lecture. La seule chose que je peux faire, c’est tenir le chien de tête qui ne pense plus qu’à partir. Agenouillé face à lui, j’encaisse du mieux possible ses démarrages et ses tentatives de départ. Bref, 1 million de décibels plus tard, on part. Je ne suis jamais montée sur un traîneau ! J'ai l'impression d'être un gros paquet de linge sale et fais de mon mieux pour ne pas entraver la progression du traîneau sur lequel je suis montée, mais c'est vraiment difficile. Il faut aider les chiens, voire courir à côté, et rapidement je suis écarlate et au bord de l'apoplexie. Mon coéquipier Adrien s’épuise à compenser mon inexpérience. Je change pour le traîneau d'Arnaud, sur lequel ça se passe mieux, grâce aux directives avisées de son conducteur (ça s’appelle un musher). Les chiens sont très courageux, à nous deux plus le matériel, ils tirent à 6 plus de 300 kg; sur un terrain qui monte, dans la poudreuse, il y a des pierres, etc... Je suis complètement médusée par la puissance et la joie des chiens. Bref, on arrive à un endroit qui nous parait bien pour le camp, et là, on démonte tout, puis on installe le camp.

 

 

 

 

Les chiens sont calmes et nous on se dépêche pour tenter de voir les bœufs ce soir. hop, les trois photographes chaussent les raquettes, Adrien et Alex restent finir l’installation et s’occuper des chiens et voilà, on est partis...

Première rencontre, deux lagopèdes, j'ai à peine le temps de sortir le matériel mais je prends in extremis quelques images de ce superbe oiseau.

 

 

Les bœufs sont loin, on les voit sur la montagne derrière dans l'ultime rayon de soleil. Et, zut et flûte, plus on avance, plus ils se rapprochent de la crête, puis ils passent derrière. On abandonne et on rentre. 

 

 Après, il faut s'intéresser à la logistique : Couper du bois (sur les photos, vous pouvez voir qu'il n'y en a pas, ou si peu) à bon escient, pas la peine s'il est vert, prélever le minimum, le débiter menu pour qu'il rentre dans le poêle de campagne qu'on a monté dans le tipi, faire fondre de l'eau pour les chiens, pour nous (au menu nouilles chinoises déshydratées, un paquet par personne), une rasade d'armagnac, du pain. On tente quelques photos de nuit, pour le fun, mais entre les gants et le froid, je ne suis pas très performante.

 

 

Ensuite, il fait vraiment froid, il n'est pas loin de 8 heures du soir, et c'est l'heure d'aller au lit, enfin au duvet. Donc, 8h/8h30 hop au dodo. C’est à dire qu’il faut se déshabiller. -20 ? pas grave, il fera meilleur dans le duvet, qu'ils disaient. Avant ça, ce serait bien d'aller faire un petit pipi, non ? Sachant que j'ai une combinaison grand froid, un pantalon, un collant, des chaussures de nounours, je vous laisse rire tous seuls. Une fois que tout cela est fait, appareil photo démonté et dans le sac, le pied photo resté dehors car tout me semble calme, après moultes contorsions, je me glisse dans le duvet, Avec toutes mes batteries, mes chaussons de bottes (sinon ils seront raides congelés demain), les vêtements que j'enfilerai demain pour ne pas qu'ils soient gelés... ça fait du monde là-dedans ! Ne pas oublier, les boules quiès. Et oui. Les gars ronflent, les chiens aboient, l'une d'entre elles, Leica arrivera à se faire récupérer et filera dormir contre "papa" dans le tipi. Et pour l'instant, j'attends de me réchauffer. Je sombre dans un espèce de sommeil entrecoupé par les chiens, et à un moment ... le vent se lève... mais beaucoup… beaucoup. J'hésite à sortir pour aller récupérer mon pied, persuadé de le retrouver au pôle sud le lendemain matin. Mais je n'en ai pas le courage ! Bref, un sommeil en pointillé, calée dans mon duvet grand froid+ drap polaire. Le vent glacial me refroidit malgré tout et je finis par intercaler la combinaison grand froid entre mon duvet et la tente pour ne plus le sentir. ça marche... je sombre.

Le lendemain matin, je risque un œil hors du duvet dans lequel j'ai totalement disparu. Ahhhhh mon duvet est trempé par la condensation... et lorsque je bouge, du givre me dégringole gaiement dessus des parois de la tente. pfffffffffffffff. Il faut pourtant y aller.

Petite eau tiède rapide avec pain et confiture, le luxe. J'apprends que nous avons eu des vents catabatiques (comprenez des vents glacés qui descendent de la montagne). Et ouf, mon pied photo est toujours là, je l'avais bien calé.

et hop c'est parti !

Les bœufs sont revenus au même endroit qu'hier. Il y a un groupe à mi-hauteur, notre but, et un autre plus haut, à la cime. Vers 1700 m je crois. Montons, montons, montons. A mi-hauteur finalement on décide d'aller directement à la crête, bon d’accord ! Le hic c'est qu'ils sont plus méfiants que cet automne et recommencent à s'éloigner au fur et à mesure de notre progression. Mais soudain je vois tout le monde ralentir, (je ne l'ai pas dit ? je suis la dernière...) et après un dernier coup de collier, je vois un troupeau entier, entre 20 et 30 têtes, posés, juste derrière la cîme.  Enfin ! C'est beau....

 

 

L'émotion n'est pas moins forte qu'en automne, même si je sais à quoi m'attendre, et je ne donnerai pas ma place ! C'est donc parti pour une séance photo, tranquille, on s'observe, on se tait, on profite.

 

à un moment, je vérifie ma lentille frontale (à cause du vent et de la neige) évidemment elle est pleine de neige. Je démonte le pare soleil le cale et en deux secondes il s'envole, il faudra le récupérer 100 m plus bas. Bien contente qu'il ait été arrêté d'ailleurs ! Merci Adrien !!!!!!!!!!!!!!!!!

Soudain, à un moment, une vieille femelle se lève. Respect, elle est plâtrée de la tête aux pieds, imposante, et nous toise. Pas un bruit chez les humains...

 

 

 

On déclenche doucement, on la regarde. Et donc le temps s'écoule et notre groupe éclate.

Tom part filmer, Arnaud et Alex redescendent, et moi et les autres restons pour contempler le troupeau qui se rassemble pour partir de l'autre côté de la montagne.

 

Par moments des coups de vent  donnent une ambiance à la Munier qui n'est pas pour me déplaire.

 

 

Mais voilà le troupeau qui s'éloigne. Est-ce que nous les dérangeons ? Quelle est notre légitimité dans ce lieu sauvage ? Et en même temps, s'ils n'étaient pas "l'attraction" du parc, (et il n'y a pas foule, je vous l'assure), seraient-ils toujours là ?

 

Un petit casse-croûte plus tard, pour se donner le temps de réfléchir, à la mode norvégienne (la tartine norvégienne : une tranche de pain complet + une tranche de gruyère +  une de jambon), on avale un peu d'eau avant qu'elle ne gèle dans le thermos. On décide donc de cheminer sur notre courbe de niveau pour voir ce qui se cache sur l'autre flanc. Détail pratique, suivre une courbe de niveau quand on traîne une pulka (une sorte de traîneau plat) accroché à la taille, c'est juste une grosse galère, comme je le constate en regardant la progression d’Adrien...

 

 

Certes il a 25 ans de moins que moi et 25 kg de muscles de plus, mais là comme souvent, à deux c'est plus simple, on dételle une des cordes et j'assure l'équilibre comme je peux. et ça marche ! Nous croisons tout d’abord un guide norvégien qui amène régulièrement des touristes curieux de vivre un moment à proximité des bœufs (il y a une distance de sécurité d’environ 100m)

 

Passé de l'autre côté, c'est la surprise, un groupe de français photographes, encadré par une agence française de voyages photo, sont accrochés à la montagne devant un petit groupe de 5 bœufs. Eux passent la semaine complète, en tente, (sans poêle...brrrr). J'admire tout en me disant que je n'aurai pas la patience de rester comme eux vont le faire devant les bœufs 6/7 heures d'affilée, 5 jours de suite. Le guide croisé précédemment et son client sont au-dessus du groupe, bon, nous filons, on n'est pas là pour ça. Jean-Louis est loin devant, Adrien commence sa descente, je décide de le suivre.

Je commence une redescente rigolote, par moments au lieu de descendre tranquillement j'opte pour la glisse sur les fesses, globalement c'est facile, et quand les pentes s'adoucissent, c'est juste magique de progresser dans cette immensité.

 

Le camp se rapproche, je suis soulagée de rentrer car je commence à être fatiguée, Adrien a très froid aux pieds.

 

 

Le plus jeune d'entre nous (Tom, 23 ans, à qui je prédis une vie aventureuse) qui est venu avec drone et go pro à 360 (comprenez 6 go pro qui filment en même temps dans toutes les directions) n'a plus un poil de batterie et décide de rentrer à pied au chalet pour travailler sur son scénario.

Mon coeur de mère s'affole, mais il va se peeeerdre ! mais non, tranquille, il s'en va, pour dix kilomètres à raquettes avant la route et pour le reste on verra bien. C'est beau la jeunesse !

Donc nous voilà tous au camp, Arnaud et Alex décident de faire courir les chiens qui nous attendent depuis le matin, nous autres on recommence les corvées du soir.

Un peu de bois, préparer de l'eau pour les chiens et nous (faire fondre de l'eau en quantité c'est le b....l, on utilise un vieux pot à lait sur un petit réchaud et une gamelle sur le poêle.

Les chiens qui ont courus rentrent, heureux.

C'est assez frappant de voir qu'avec la fatigue l'ambiance est moins festive, et qu'il faudra attendre d'être au chaud (enfin, c'est relatif…) pour que l'ambiance se réchauffe vraiment. La soupe en brique (mmmmmm un délice) et la pâtes cuites en 3 mn (le bonheur) nous remplissent l'estomac, nous réchauffent et détendent tout le monde. Une petite gorgée d'armagnac plus tard, il est 7h30 et tout le monde file au lit sans demander son reste pour 12 heures, ou presque.

 

 

Instruite par l'expérience, je me suis préparée pour la cérémonie du coucher, tout est bien moins compliqué, et mes préparatifs me remplissent d'allégresse. Je me demande quand même comment ça se passerait à -35... J'ai une pensée pour Ella Maillart, que j'ai beaucoup lu. Je m'enfonce dans mon duvet, et puis dans un autre duvet ! Idée géniale d’Arnaud, qui me permettra de dormir bien plus au chaud que la veille, même si du coup je ne peux plus bouger un orteil.

Les chiens aboient, on les fait taire, tout se calme... et voilà, on dort.

 

Petit matin sec et ensoleillé, le groupe éclate. Arnaud et Alex repartent aux bœufs avec les chiens, j'ai bien envie mais ça me parait tellement loin et j'ai peur de leur compliquer la vie, Jean-Louis et Adrien cherchent les lagopèdes, et comme les deux jours précédents j'ai forcé et mal au genou je décide de rester seule au camp pour profiter paisiblement de l'environnement.

 

 

 

La lumière est splendide, les chiens qui vont courir sont fous de joie et se font entendre. Et voilà tout le monde est parti...

 

 

 

J'attends que le calme revienne. Mais peine perdue, les chiens qui ne courent pas, tellement déçus de voir partir leur maître à pied, hurlent à la mort à qui mieux mieux.

 

 

Je prends ma grosse voix et leur demande de se taire. Erreur ! Mais je ne risque pas de leur proposer de l'exercice, aussi je m'éloigne et commence à ranger pour préparer mon barda. Je sais que tout à l'heure quand il va falloir démonter ce ne sera pas le moment de traîner aussi je préfère prendre les devants pour ne pas retarder la troupe. J'en profite pour faire les choses tranquillement. En haut de la montagne, les photographes français ne sont pas encore là. Je suis de loin la progression de notre traîneau.  Tout est pur, paisible, cristallin même si j'abandonne toute idée de silence. je fixe quelques images pour le plaisir des yeux et le souvenir.

 

Mais vite, trop vite c'est déjà le retour des troupes.

 

il est temps de démonter et ranger. Pour nos tentes d'expédition, c'est assez simple. Pour la tente tipi c'est bien plus complexe. Les piquets ont été bien plantés, profonds, pour résister au vent mais tout a regelé autour et il n’y a pas moyen de les enlever. On tente plusieurs tactiques dont celle de faire chauffer de l'eau et de la verser dessus, mais pour le premier piquet, après 10 minutes pour faire chauffer 1 litre, c'est la déconvenue.

On envisage tout et son contraire, y compris de couper les sangles et de laisser les piquets sur place, mais nos deux grands costauds vont s'y coller au merlin et burin et vont (en transpirant à grosses gouttes) y arriver. Bravo les gars.

Pendant ce temps, je fais des sandwiches au jambon quasi congelé, les glacières ayant atteint leurs limites, comme en attestent les bananes que j'avais naivement glissées dedans. Une goutte d'eau et au travail ! (curieusement, dans le grand froid, il faut faire attention à la déshydratation ! Certes, mais, m'sieurs dames, la pause pipi n'est pas facile par ici...)

Une fois tout chargé, on attelle les chiens et je reprends mon rôle de stoppeur de chiens fous.

J'appréhende car j'ai trouvé la montée vraiment difficile mais le retour est un vrai bonheur, les chiens heureux glissent dans la neige et le savoir-faire d’Arnaud me permet de profiter de ce long moment hors du temps.

Une fois de retour au parking, nos paris sont faux. La voiture qui devait démarrer à coup sûr ne démarre pas et celle qui n'avait aucune chance démarre.... il faudra tout le savoir-faire d'un d'Arnaud pour faire démarrer la récalcitrante. Du coup tout est bon, il ne reste plus qu'à tout démonter des traîneaux et tout remonter dans les voitures, y compris les chiens.

Au retour au chalet, on se jette sur la douche, les bières, le repas du soir est un délice.. Crevettes sautées, vin, salade variée et pâtes garnies... Quel plaisir ! Tout le monde se régale, nous sommes au chaud, propres et heureux.

 

Voilà, c'est fini. Ce fut une belle aventure. Avec le recul, je constate que j'ai été tellement prise par l'instant présent et par les contraintes diverses que je n'ai certainement pas fait au mieux photographiquement parlant. Mais cela restera une expérience intense qui m'a sorti de ma zone de confort. J'ai été heureuse de la partager avec mes compagnons et avec vous. Merci pour votre (longue) lecture !

 

 

 

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