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Chez les Tsaatans, le départ.

November 21, 2017

A l'aube de ce dernier jour, nous nous réveillons dans la même configuration que la veille. Le feu ronfle dans le poêle, et dehors règne un bon froid sec. Notre chauffeur Dorgoo commence à s'inquiéter de l'état de la glace pour le lendemain et multiplie les appels pour prendre les infos. Après avoir traîné le plus possible dans le campement pour emmagasiner un maximum de sensations, d'images, il faut se rendre à l'évidence, il nous faut partir rapidement. 

 

Le camp bruisse de la nouvelle du jour, notre visiteur colombien de la veille a été largué dans la taïga pour avoir manqué de parole à son guide. la nouvelle nous laisse perplexe et nous rappelle à notre modeste condition de "touristes". Sans notre guide, nous serions démunis dans cet environnement plutôt inhospitalier.

Mais nos chevaux nous attendent déjà. Deux d'entre nous, Marie dont le dos n'a pas bien supporté la journée de cheval précédente, et Arnaud dont le cheval n'a pas le gabarit pour supporter son cavalier, rejoignent notre super camion. Carole et moi partons avec le propriétaire des chevaux et notre guide Chingun.

 

 

Mais bien vite, nous prenons conscience du manque d'énergie de nos chevaux, sans autre nourriture depuis deux jours qu'un peu d'herbe sous la neige, et que nos " tchou " (le hue local) énergiques n’aiguillonnent que pour un bref instant. Après une pause au col, nous décidons donc de les laisser prendre la route du retour, sous la houlette de leur propriétaire qui s'est contenté d'un bol de soupe avant de repartir en sens inverse. Nous sommes doublés par un super véhicule, dans lequel ô surprise (et soulagement) trône notre ami colombien, qui s'est fait récupérer par deux étrangers. 

 

 

 

 

Après un rapide déjeuner au village, dont les rues se transforment allègrement en bourbier avec le dégel, nous voilà repartis dans notre camion pour 60 km de piste après avoir récupéré l'ordinateur d'Arnaud, toujours en panne. La piste est encore plus belle dans ce sens, si c'est possible. Nous y croisons encore des troupeaux de chevaux, pour mon plus grand bonheur, de chèvres, de moutons... Sans bergers ni âmes qui vive. Ces paysages vivants sont pour moi une source d'émerveillement constante. 

 

 

 Le soir, nous dormons chez les parents de Dorgoo. Nous sommes sept à dormir dans la pièce principale, et Dorgoo et sa femme Urche dorment dans le camion. Nous sommes accueillis à bras ouverts, et les ronflements sonores des uns et des autres ne nous empêchent pas de sombrer dans un sommeil réparateur. 

Le lendemain matin, nous partons très tôt, pour minimiser au maximum l'impact du soleil chaque jour un peu plus chaud sur les rivières gelées que nous avons à traverser à nouveau. Les images de rêves se succèdent, des nomades qui s'arrêtent et descendent de cheval pour prendre quelques nouvelles et fumer une cigarette bien méritée, des femmes à la traite du bétail.   

 

 

Par bonheur, quelques troupeaux retardataires traversent encore la rivière. Dont un troupeau mené par une femme et son tout jeune fils, d'environ 6 ans, tout emmitouflé sur son cheval et qui  mène pour la première fois la transhumance avec un sourire immense, prenant sa tâche avec un grand sérieux.

 

 

 

Notre propre traversée n'est pas simple, la glace commence à bien fondre. Et pour certains passages, notamment une descente en pente douce entre les arbres pris par la rivière gelée, nous descendons du camion, l'air dégagé mais sac sur le dos et passeport dans la poche, au cas où. Certains craquements nous font bondir le coeur.

 

 

 

 

Finalement tout se passe bien, et la rivière nous ramène jusqu'aux abords du lac. Les failles de compression ont changé, et les blocs de glace dues aux failles montent bien plus haut qu'il y a quelques jours. Personne ne roule sur le lac. On sent que tout travaille. Notre pause déjeuner se passe à l'endroit du lac ou l'eau ne gèle jamais. Nous profitons des oiseaux, cincles, pygargues...  L'instant est paisible, juste perturbé par la découverte sur les hauteurs d'un ovoo dont l'atmosphère semble presque hostile.

Nous repartons toujours prudemment, restant le plus possible à l’extérieur du lac. Quand soudain, catastrophe, les roues avant passent à travers la glace, et nous voilà complètement plantés.

 

 

 

Nos amis mongols ne se démontent pas pour autant, et, hache à la main, partent couper un ou deux troncs qui nous servirons de levier pour soulever la voiture. Et nous voilà tous à rivaliser d'ardeur, ramassant des pierres pour tenter de combler les 80 cm d'eau sous les roues. A force de piétiner autour du véhicule, on finit par tous passer plus ou moins à travers la glace aussi mais notre ténacité finit par payer. Après un arrachage collectif, le camion est sorti de l'eau ! Victoire ! 

 

Et la vision d'un camion bien plus gros que le notre qui traverse le lac nous convainc de reprendre la voie royale en plein milieu du lac, et c'est sans état d'âme que nous franchissons les derniers kilomètres, qui nous ramènent chez Joel. Nous y retrouvons ses clients qui ont terminé leur raid en traineaux à chiens. La soirée est festive, nous sommes tous conscients d'avoir vécu des moments particulièrement riches et encore dans l'émerveillement. Personne ne pense à la route qui nous attend les deux jours à venir, l'heure est au plaisir et au partage. 

 

Le récit de la veille ici

La fin là 

 

 

  

 

 

 

 

 

 

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