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Flash back : retour en mongolie

October 15, 2017

Il y a quelques mois, très exactement en avril 2017, nous sommes partis à quatre, Marie et Arnaud, associés et fondateurs de Territoires du Nord, et Carole et moi, pour une reconnaissance terrain en Mongolie. N'ayant pas encore créé ce blog, j'avais juste pris pas mal de notes, bon an mal an. Il est temps pour moi de partir dans les strates abyssales de ma mémoire pour raviver les souvenirs de ce voyage, dont les émotions perdurent. 

Après notre arrivée à Oulan Bator, (nous, mais hélas, pas nos bagages...) nous prenons la route rapidement en direction d'Edernet, ville industrielle, construite essentiellement par les russes. Nous nous familiarisons avec les premiers paysages, et discutons de nos attentes. 

Nous sommes partis avec des objectifs précis. Le premier : Suivre une famille de nomades transhumants, dans la région du lac Khövsgöl. Ce délicieux, mais frais, coin de paradis est aux portes de la Sibérie. 

Cette transhumance, qui se déroule à 2000 mètres d'altitude, permet aux nomades de l'ethnie dakhad de rejoindre les pâturages de printemps. Elle dure sur plusieurs jours et tout le monde transhume à peu près en même temps. Ni trop tôt, pour que les pâturages soient viables, ni trop tard, car il faut traverser deux rivières gelées, impraticables après le dégel... La fenêtre de tir est donc très courte.  

Sitôt quitté l'aéroport, nous roulons aux milieux d'étendues immenses, ponctuées à l'infini par des troupeaux, chevaux, chèvres.... Le sol est sec et jaune, de la neige de-ci de-là donne une touche de lumière supplémentaire à l'air saturé de clarté. 

 

Le soir, après l'installation dans un hôtel qui témoigne des splendeurs d'une époque révolue, nous retournons sur nos pas voir un ovoo, lieu rituel associé aux esprits par les mongols. Souvent sous la forme d'un amas de pierre surmonté d'une tente bleue, qui évoque la couleur du ciel et rappelle qu'ici souffle l'esprit, l'ovoo est un lieu de recueillement. On le contourne trois fois en tournant vers le soleil. Et on y dépose aussi une offrande, une pierre, de l'argent, des crins de son cheval...

D'après Chingun, notre guide, les tas de pierre qu'on trouve aux cols sont une trace de la stratégie de comptage mise en place vers le 13ème siècle. Les hommes qui quittaient leur province pour combattre mettaient une pierre à chaque col, et à leur retour, enlevaient une pierre. De la taille du tas on pouvait donc déduire le nombre de morts. L'habitude fut prise d'honorer ces tas de pierres en mémoire des disparus. 

Docilement nous nous imprégnons de l'atmosphère en tournant autour de l'ovoo. 

 

 

Le lendemain, suite de la route pour rejoindre Khatgal, où nous sommes attendus par notre futur chauffeur, Dorgoo et sa femme, Urche. La route est splendide, plus austère et contrastée que la veille. Des chevaux, des vaches, des chèvres, toujours, de la neige, nous roulons dans un état de conscience aiguë, attentifs aux moindres détails. Parfois, nous pensons, curieusement, à des paysages du Maroc !

Nous voilà arrivés chez Joel, l'ami d'Arnaud, musher comme lui, et dont l'équipe assurera notre logistique tout le long de notre reconnaissance. Les retrouvailles sont chaleureuses entre ces deux hommes aux choix atypiques.

Nous dormons à côté de sa maison. Dans la cour, deux yourtes. Les chiens de traîneau de Joël. Le dîner est joyeux, toutes nos valises sont arrivées ! Ouf... 

Le lendemain, arrive notre super petit camion russe UAZ, super véhicule qui passe partout, et qui nous fera tout d'abord traverser le lac Khovsgol. Ce n'est pas simple, et notre chauffeur prend les nouvelles par téléphone pour savoir si ça passe. Et oui, le dégel n'est pas loin, et la traversée du lac délicate. Bon bon... Nous ne tardons pas à prendre la mesure de la difficulté, car par endroits, les failles de compression ne sont pas évidentes à traverser. Il faut d'abord casser la glace superficielle, et combler l'eau en dessous avec des blocs de glace jusqu'à ce qu'elles s'appuient sur la glace profonde. La première se passe plutôt sans encombre. Pour la seconde, c'est une autre histoire. Mais les mongols sont têtus, et nous finirons par passer ! 

 

 

 

Plus loin nous croisons un camion de grumes, en panne. La traversée d'une faille a été fatale à la lame de transmission. Mais tout le monde met la main à la pâte, et les grumes servent à tout. Une pour soulever le camion, une autre est carrément taillée pour faire une pièce de fortune. ça prend des heures, mais ils repartent. 

 

 

Nous arrivons au campement d'hiver de la famille de Urche et Dorgoo, qui y retrouvent leurs filles. Ce sera notre premier thé mongol de bienvenue. Thé noir, lait (jument ou yack), sel, parfois un peu de graisse de mouton, (les dosages varient selon les régions). Dehors, les hommes sont en train de ferrer un cheval, ligoté par les pattes.

 

 

Il neige. Nous passons dans la yourte voisine. Car cette nuit c'est là que nous dormirons, chez leur belle-soeur «Mama», sous la yourte. L'après midi on retourne sur le lac, on observe le paysage, et on croise nos premiers troupeaux transhumants.

 

 

Le soir, après dîner, nous tentons de communiquer avec nos hôtes, on échange force sourires, on montre nos photos, d'ici, de nos familles, de nos maisons. Puis, extinction des feux, nous dans nos duvets, et Mama, son mari et leur petite fille sous les couvertures. 

Mais à minuit, on frappe à la porte et c'est toute une famille qui débarque pour se restaurer, prendre quelques nouvelles en chuchotant. Mama se lève, ranime le feu et sert tout le monde. Nous ne bougeons ni pieds ni pattes. Le matin, Mama est la première levée, et elle rallume le feu, va chercher de la glace qu'elle met à fondre. D'autres nomades arrivent, passent un petit moment et repartent, tout le monde est au taquet. Nous nous levons.

 

 

Les hommes sont partis vaquer à diverses occupations, et nous ne sommes plus que les trois filles du groupe, avec Mama et Urche. Nous les observons, fascinées, se livrer à leur rituel "soins de la peau" qu'elles font avec beaucoup de sérieux. Du coup nous leur offrons le spectacle inverse, en nous tartinant de crème contre le froid ou le soleil, et, bien sûr, en les leur prêtant. 

Dorgoo, notre chauffeur, revient bientôt avec le cheval d'hier et un superbe traîneau, pour nous emmener faire un grand tour sur le lac. On y retrouve le groupe de Joel, qui arrive avec les chiens et les traîneaux pour une grosses semaine de traversée du lac en traîneau. On profite d'un endroit au bord du lac avec de l'eau qui ne gèle jamais, pour tenter de voir des oiseaux. On y voit des cincles, deux pygargues. Et une femme qui arrive avec son troupeau pour la transhumance. 

 

 

Le soir, le dîner est animé, entre notre groupe de 4 et le groupe de Joel (5 personnes). Je m'éclipse assez rapidement pour retourner sous la yourte, ou Mama m'accueille avec du thé, des gâteaux... Je suis heureusement bientôt rejointe par Carole, puis Marie, pour en partager la pile imposante. Nos estomacs sont pleins à craquer, mais pour une fois que ce n'est pas du mouton... 

On commence à se sentir plus à l'aise et quand Mama, très enjouée, nous propose une partie d'osselets, c'est la grande rigolade. Elle seule connaît les règles, rit comme une gamine, nous aussi, on ne comprend rien au jeu mais on passe un super moment. Et ce soir, c'est en habituées des lieux que nous laissons le sommeil nous gagner. 

 

La suite bientôt, le temps de rassembler les souvenirs et les notes suivantes. 

 

Les jours suivants ici

 

 

 

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